L’histoire que se raconte celui qui vous écoute …

Il m’est arrarticle widoobizivé cette semaine une anecdote qui m’inspire un petit exercice sur l’écart classique existant entre le message émis et le message reçu. C’est tout frais, jeudi dernier. Il s’agissait d’une interview qui a donné lieu à un petit article concernant mon dernier livre “18 minutes pour réussir votre présentation” aux éditions Eyrolles. Etant l’auteur du livre, je maîtrise assez bien son contenu et donnant des conférences sur le même sujet, j’ai pris l’habitude de reformuler ces mêmes idées à l’oral. Or voilà que je trouve (comme c’est bien normal) un certain nombre d’écarts entre mon propos et ceux que le journaliste a souhaité relayer.

J’ajoute que je suis ravi de cet article car il fait connaître le livre et je tire une leçon générale de cette anecdote dans un autre article, cliquez ici. Mais ici, je voulais en profiter pour revenir sur le contenu des cinq questions du journaliste qui ont été ré-écrites sous un angle un peu différent. Cela me permet de faire avec vous un petit exercice de réduction des écarts de perception et de souligner les points qui me semblent réellement importants. Je vous propose donc ci-après les cinq questions du journaliste et les cinq réponses que je me souviens avoir faites avec un rappel de ce qu’a finalement publié Widoobiz.

1/ Comment démarrer une présentation ?

J’ai immédiatement répondu que la première chose à établir et sans doute la plus importante est le regard. C’est un élément qui nous vient de l’Art Oratoire traditionnel mais que l’on oublie. Le regard permet d’établir un premier contact avec le public, de lui parler à lui et de ne pas se perdre à essayer de se souvenir par quoi on voulait commencer mais d’entrer en conversation muette. J’avais en tête notamment l’excellente intervention de Stéphane André à TEDxIESEG dont je parle dans l’article précédent dans ce même blog. Ma couv Pres TEd

Le journaliste, sous le terme Art Oratoire, a noté le fait de regarder son public et a ajouté la voix forte (en fait, ce n’est pas nécessaire), les mots “appuyés” (je ne vois pas bien ce que c’est) et des indices physiques (mais lesquels ? plus loin j’ai évoqué la verticalité du dos et la qualité de la voix). Par contre, nous sommes bien d’accord, c’est dans ce regard initial que peut avoir lieu ce moment d’oubli total temporaire qui permet une ré-improvisation adaptée au contexte.

2/ Comment gérer le stress ?

Ma réponse part du point précédent: le regard. Avec ce regard initial peut s’établir un contact avec l’auditoire , c’est lui qui vous porte. Plutôt que de se couper de celui-ci et de chercher fébrilement à restituer ce que l’on a prévu de dire, partir de ce regard permet d’envoyer une accroche ré-improvisée. Celle-ci peut être humoristique ou pas mais elle doit toujours être connectée au moment et au public présent. Ce peut-être l’occasion d’une anecdote personnelle à condition qu’elle soit en prise directe avec le public et qu’elle permette d’annoncer le sujet de la présentation. Du regard initial à l’annonce du sujet, il y a comme une chaîne logique qui évite que l’orateur se perde et que le public n’ait envie de s’échapper…

En plus, une préparation ad hoc de l’intervenant peut l’aider: pratiquer des postures de puissance, exercer sa voix, travailler la profondeur de sa respiration par exemple. L’article rend cela par deux points: avoir une bonne accroche (mais je ne recommande pas forcément d’y introduire ici la gestion du timing et pas non plus forcément de tabler sur la convivialité, ça dépend) et gérer ses émotions (il s’agit en fait d’en gérer une seule: la peur). Ce qui est dit n’est pas faux mais l’article nous fait dériver vers la recette et le lieu commun dont j’essaie de me démarquer dans le livre. Là, il semble que j’ai échoué à faire passer mon message.

3/ Quel est le scénario “Parfait” ? 

“PARFAIT” est un acronyme qui découle de mon interprétation des conseils d’Andrew Stanton, grand scénariste des studios Pixar. J’ai insisté sur le “T” qui signifie: “Transgressez” en soulignant que ce qu’il faut introduire pour préserver l’intérêt c’est la surprise. Et donc, il faut éviter les recettes car elles sont barbantes ! Ce point essentiel a été zappé mais en revanche, sont restés les temps forts qui permettent des chiffres ou des illustrations et les temps creux qui permettent au public de se les approprier, de se raconter sa propre histoire.

La notion de storytelling appliquée à une anecdote qui vient illustrer le propos est différente de celle du scénario d’ensemble de la présentation. Mais cette distinction n’a pas été retenue. Quoi qu’il en soit, le simple fait que mon auditeur a retenu autre chose que ce que j’ai dit démontre simplement que je n’ai pas été clair mais par contre que le principe que je défends est le bon: “Seule compte l’histoire que se raconte celui qui vous écoute !”

4/ Comment incarner son propos ? 

Cette question m’a un peu gêné car en réalité je l’avais abordée dès le début. J’ai donc repris une partie de mon explication et c’est ce que l’article du journaliste reprend dans “gérer ses émotions”. J’ai illustré mon propos à partir de l’exemple de Churchill en 1940 à la Chambre des Communes promettant “du sang, de la sueur et des larmes”, propos totalement incarné dans le physique de cet extraordinaire bretteur … Et j’ai comparé cela avec la déficience de nos “orateurs” politiques et médiatiques actuels. Rien de tout cela n’a été retenu dans l’article.

5/ Que faire en cas d’imprévu ?

La dernière question correspond bien à un point que j’ai développé dans le livre et aussi à un principe majeur de préparation d’une intervention courte: que faire si l’on n’a plus que deux minutes pour finir ? La réponse est qu’il importe de choisir et de développer un seul point et de bien l’illustrer plutôt que de résumer en augmentant le rythme pour tasser le propos dans le vain espoir de tout dire …

Dans ce paragraphe, je me reconnais tout à fait à ceci prêt que le choix du titre est mal adapté: “choisir un exemple”. Il faut choisir un point unique qui peut être un exemple et lui faire porter à lui seul tout le message final. Ce n’est pas forcément un exemple, cela peut être une donnée, une citation, une anecdote, une image. N’importe quel point suffisamment “impactant” pour porter à lui seul tout le message pour finir en beauté.

Quelle leçon en tirons-nous ?

Parler à un public ou à une seule personne nous fait prendre le risque qu’il y ait un écart entre ce que nous avons voulu dire et ce qui a été perçu ! Je ne blâme aucunement ce journaliste, je le remercie plutôt d’avoir parlé du livre et de m’avoir permis de tirer cette leçon toute simple et essentielle.

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