Hamon-Valls: gagner dans les premières minutes

Dans une prise de parole décisive, surtout dans un débat contradictoire, l’entrée en matière est très importante. Dans le match Hamon-Valls du 25 Janvier 2017, elle a été déterminante. Beaucoup de choses se jouent dans la première minute.

Quel est le point focal gagnant pour l’orateur ?

Pour tout orateur, une question dont la réponse devrait être évidente est : qui est le public ? Dans ces primaires de la Gauche, les deux orateurs s’adressent aux électeurs de la Gauche mais parlent à tout le monde et répondent aux questions des journalistes. On peut donc déjà facilement s’y perdre.

En outre, la mise en scène fait tout pour présenter le débat comme un match de boxe. Qui va gagner le débat ? C’est la question que les journalistes posent et reposent pour maximiser leur audience alors que la seule qui compte est en réalité pour les candidats : qui va le mieux intéresser leur public ? Un piège leur est donc tendu.

Y tomber c’est par exemple faire ce qu’a fait Manuel Valls : se tromper de public. Il a été clair, dès ses premiers pas dans l’arène, que sa focalisation était son adversaire. Hamon, lui, est resté focalisé sur ses électeurs. Et c’est pour cela qu’à mon sens il a remporté ce « match ».

Dominer son adversaire ?

Vous voulez un premier indice ? Dès les premiers pas des deux débatteurs, ceux-ci s’avancent l’un vers l’autre et se serrent la main. Jusqu’ici tout va bien ! Mais là apparaît une petite différence : Valls qui a été « communiquant » se souvient de ses leçons sur les gestes et les postures. Comme George W Bush qui en était obsédé et comme tous les grands chefs d’Etats, il montre qu’il cherche à apparaître comme le dominant par un simple geste, petit mais visible de la caméra. Lorsque s’échange la poignée de mains, la main gauche de Valls se pose brièvement sur le poignet de son adversaire.

Et hop, un petit point de supériorité marqué et perçu inconsciemment par le public qui peut décider d’y voir la supériorité de l’ancien premier ministre, c’était le but de la manœuvre. Mais attention, ceci n’est qu’un signe qui en l’occurrence annonce peut-être le dominant … ou peut aider à comprendre au contraire pourquoi Valls va en réalité perdre ce « match ».

Ou attirer des électeurs ?

De nombreux petits manuels de communication vous expliquent en effet comment marquer des points sur votre adversaire/interlocuteur et comment passer par des gestes et des postures pour établir votre dominance aux yeux de tous … Méfiez-vous de ce type de recettes car on confond souvent la cause et l’effet.

Valls, par ce petit geste anodin, a montré que sa préoccupation était de dominer Hamon. N’aurait-il pas mieux fait de chercher à attirer des électeurs plutôt ? Vous me direz que c’était une manière d’y arriver. Cela dit, on sait que notre cerveau est mono-tâche. Il ne peut se focaliser que sur une chose à la fois. Il est donc préférable de choisir la bonne.

Hamon semble y être parvenu un peu mieux que lui. Voici selon mon observation comment Hamon a fait pour mieux réussir son entrée en matière que Valls.

Hamon, le roc

Il a été désigné pour parler le premier. Il se plante sur ses pieds. Après quelques secondes, il reste droit comme « i », regarde la caméra (ses électeurs) et envoie directement son message. Pas un regard au journaliste que l’a invité à commencer, pas un regard pour Valls. Il est en tête, il croit en sa « dynamique », il lui faut rester en tête, c’est cela sa focalisation et cela se voit. Pas le temps de regarder derrière. Quoi qu’on pense de ses propositions, de ses thèmes, il fonce. C’est clair et net et les gens qui pensent comme lui ne douteront pas. Il est leur porte-parole !

Sur le plan physique, il n’a rien d’extraordinaire mais rien non plus ne vient nous distraire de cette première impression. Le regard est franc et direct, la voix est assurée malgré ce voile qui la caractérise à l’ordinaire mais elle est profonde et se fait écouter. La posture reste tenue et si l’on peut regretter des gestes un peu répétitifs car très certainement trop répétés, la détermination et l’optimisation passent. Cette première minute est excellente.

Valls, le combattant

On dit que les deux hommes se ressemblent. Même taille, même corpulence, et en plus ce soir, même costume et même cravate bleue. Pourtant l’impression laissée est très différente. Hamon est resté droit et ancré, il rappelle un peu Fillon sur ce point. Valls change de pied plusieurs fois, répond au journaliste, se tourne un peu vers son adversaire, cligne des yeux, cherche visiblement à qui répondre et paraît moins à son aise.

 

Première minute pas terrible.

Hamon a pris le centre du ring et tient son adversaire à distance, Valls tourne autour, on comprend bien que le challenger c’est lui. Hamon a su envoyer son message, Valls guette l’ouverture … qui ne viendra pas.

Le gain du match

Les commentateurs sur le fond et les sondages des chaînes infos montrent qu’au mieux pour lui, Valls a partagé les points. Pour BFM TV, il est apparu aux internautes « cohérent » et « mauvais » pendant qu’Hamon était « clair » et « convaincant ».

Il semble donc que la stratégie de Valls de chercher à dominer son adversaire perceptible dès ses premiers gestes ait été perdante. Il n’y est pas parvenu alors que l’important était sans doute plutôt de rendre son message plus percutant pour faire venir plus de votants dimanche.

Certes gestes, regards et postures ne font pas tout mais ici, il me semble qu’ils ont trahi deux focalisations différentes et c’est celle d’Hamon qui était la plus pertinente, nous verrons si cette perception se confirmera dans les urnes.

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