François Fillon fait la différence entre personne et personnage

François Fillon a apporté une excellente réponse sur la différence entre la personne du leader ou de l’orateur et lefillon personnage qu’il incarne. C’était à l’Emission Politique de France 2, le 27 octobre 2016 face à la journaliste Hala Salamé.

Les faits : des convictions personnelles sur l’avortement

Comme lors des émissions précédentes et notamment comme lors de celle de Bruno Le Maire, la journaliste part d’une intervention du candidat, tronquée et sortie de son contexte pour essayer de le mettre en difficulté sur ce qui lui semble à elle une contradiction. Voici ce passage que vous pourrez trouver à 1h19 du début de l’émission, il dure moins d’une minute :

HA : « … à titre personnel de par ma foi, je n’approuve pas l’avortement, qu’est-ce que ça veut dire ? …à titre personnel … mais vous voulez diriger la France … ? ». Elle bafouille mais on comprend qu’elle désapprouve qu’un possible Président de la République s’appuie sur ses convictions religieuses pour diriger le pays, convictions qu’elle qualifiera un peu après de « réactionnaires ». On comprend ici pourquoi cette séquence particulière de l’émission s’appelle « parti pris » !

Voici comment répond François Fillon : « mais j’ai pas à m’expliquer sur mes convictions personnelles devant vous madame Salamé … je suis capable de faire la différence entre mes convictions et l’intérêt général. Je considère que l’intérêt général, c’est de ne pas rouvrir ce débat. » Tout est clairement dit.

La différence entre convictions personnelles et programme politique

Un homme politique explique ici cette différence essentielle entre ses convictions et le dossier que défend son personnage public. La personne peut, devant un public réduit exprimer ses convictions quand elles servent son dossier devant ce public particulier. Cela n’implique en rien que celles-ci servent de base au programme du personnage public. C’est même l’inverse ici puisque François Fillon dit ne pas partager la décision ancienne de légaliser l’avortement mais qu’il l’accepte parce que son programme vise en priorité à renforcer l’intérêt public et que les priorités sont aujourd’hui ailleurs …

Ce point de vue, exprimé ici sur le fond est à l’opposé de celui qu’avait défendu Bruno Le Maire, attaqué lui plutôt sur des éléments de forme de son personnage. Lemaire avait prétendu ne jouer aucun rôle. Pour lui, la personne et le personnage se confondraient.

Pour François Fillon son rôle politique n’est pas à confondre avec sa vie privée.

C’est l’intérêt général qu’il sert et non ses croyances.

Le personnage François Fillon souhaite être élu sur un programme présidentiel et non sur la sympathie que peuvent lui valoir ses convictions personnelles et sa personne. Et le jeu de son personnage tout au long de l’émission a d’ailleurs consisté à assumer les orientations de son programme en supportant même sans broncher les insultes d’un syndicaliste antillais et non à chercher à être sympathique à ses interlocuteurs !

Il nous donne ici les gages d’une maturité politique que d’autres n’ont pas, à commencer par la journaliste qui, s’obstinant à faire une confusion de junior, ne parvint pas à piéger l’homme d’expérience.

Quel impact ?

François Fillon a su tout au long de cette émission tenir son rôle sans dévier de l’axe de son personnage non sans petites imperfections de langage mais tous les commentateurs l’on souligné, il a été crédible et convainquant. Et d’ailleurs depuis tous les sondages le voient remonter pour talonner les deux favoris. Il nous démontre qu’en tant que leader et en tant qu’orateur, avoir une conscience claire du rôle de son personnage, nettement distincte de celle de sa personne est pour l’intervenant un facteur de succès. C’est vrai devant deux millions de téléspectateurs et c’est vrai pour une réunion en face à face à deux, trois ou quatre aussi !

En quoi sommes-nous concernés ?

Vous aussi, au moment de répondre à une attaque qui vise à relever un prétendu paradoxe attaché à votre personne, examinez bien à quoi s’attache le parti pris de votre adversaire et sachez exactement y répondre en fonction non de ce que votre petite personne ressent mais de ce que le rôle de votre personnage exige, que ce dernier soit modeste ou élevé.

Dans la sphère officielle, l’important n’est jamais que votre personne privée ait raison ; l’important est que triomphe le dossier que porte votre personnage officiel !

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1 comment for “François Fillon fait la différence entre personne et personnage

  1. Robert JAMEN
    17 novembre 2016 at 8 h 36 min

    Bonjour et merci, Didier, pour ton commentaire intéressant et profond de l’intervention de François Fillon sur France 2 le 27 octobre ! La recherche du bien commun est bien ce qui devrait motiver nos hommes politiques et orienter constamment leur action. La politique a pour vocation justement le service du bien commun. Les hommes politiques devraient tout mettre en oeuvre pour servir le bien commun, indépendamment de leurs convictions et de leur intérêt, y compris celui de leur éventuelle réélection.

    Cette attitude de base devrait les conduire à étudier les dilemmes éthiques auxquels ils sont régulièrement confrontés, en distinguant l’éthique de conviction (leurs valeurs) et l’éthique de responsabilité (la prise en compte de la situation et des conséquences des décisions envisageables), ainsi que l’a proposé le politologue et philosophe allemand Max Weber.

    Généralement les alternatives possibles pour sortir d’un dilemme sont “grises”, dans le sens où elle présentent un côté “blanc” = les bonnes conséquences de la décision au sens moral, et un côté noir” (les mauvaises conséquences), et c’est le discernement qui va permettre au décideur de trancher entre toutes ces alternatives, en retenant celle qui lui paraîtra maximiser les bonnes conséquences, ou minimiser les mauvaises conséquences.

    Nous voyons d’ailleurs, depuis un certain nombre d’années, que les dirigeants politiques qui prennent des décisions insuffisamment orientées vers le bien commun, ou qui n’en prennent pas ou pas assez, par manque de courage ou pour d’autres considérations, ont tendance à ne pas être réélus, les Français montrant ainsi par leur vote leur insatisfaction devant le comportement de nos élus, insuffisamment orientés vers la recherche du bien commun.

    La pédagogie est aussi à considérer pour expliquer le mieux possible aux Français les enjeux des grands sujets, et comment la recherche du bien commun peut amener à remettre en cause des situations ou des intérêts acquis, non pas dans le but de pénaliser les personnes concernées, mais parce que l’évolution souhaitable conduira à un bien commun supérieur. Le changement nécessaire peut d’ailleurs s’accompagner de mesures adaptées pour aider celles et ceux touchés par le changement prévu, dans le cas où elles seraient nécessaires. J’aimerais que nos politiques aient encore plus ce souci de la pédagogie, sur les grands sujets, comme par exemple les retraites, pour que les changements indispensables soient mieux compris et mieux acceptés, même s’il y a de fortes résistances, tous les Français ne partageant cette priorité du bien commun. Mais c’est au dirigeant politique d’oser avancer quand même, le bien commun étant supérieur aux intérêts individuels ou corporatistes.

    Avec toute mon amitié et merci pour ta bonne analyse !

    Robert Jamen

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