Fillon: la personne et le personnage doivent être distingués

Fillon avait le mieux incarné le personnage du présidentiable de droite lors des primaires (lire ici et ici). L’affaire Pénélope démontre de façon éclatante qu’en art oratoire, la personne et le personnage doivent être distingués.

Le personnage du présidentiable

Lors des primaires à droite, le personnage qu’avait incarné Fillion s’était imposé comme le plus clair et le plus crédible. Il était le candidat de la droite conservatrice assumée, radical dans sa volonté de réformes pour le bien commun. Il émulait de Gaulle. Pour qu’il fût crédible et cru, il lui fallait présenter un parcours politique sans tâche comme son modèle. Il avait notamment dit : « qui imagine le Général de Gaulle mis en examen ? » Tout semblait donc coller.

 

Au passage, dans cette courte vidéo, on le voit s’attaquer au Président Hollande. Il est d’ailleurs moins à l’aise à cette tribune que lors des débats télé. Sa voix est plus forcée et plus haute, ses épaules sont plus remontées et crispées, son geste est un peu forcé. Il ne rappelle pas de Gaulle à cette tribune.

Bien malin qui aurait pu, à partir de cette analyse, prédire son succès puis le retournement actuel. Ce ne fut pas alors mon cas, je l’avoue.

La personne et le personnage doivent être distingués

Nous sommes tous des contradictions ambulantes. Ce fut l’erreur de Bruno Lemaire (lire ici) par exemple de croire que sa personne suffirait à incarner le personnage du présidentiable. Et ce fut l’habilité de Fillon de réduire son personnage à quelques stéréotypes puissants rappelant la statue du commandeur.

Encore fallait-il être à la hauteur. La personne de Fillon comme pas mal d’hommes politiques et de puissants s’est crue au-dessus des contingences du commun. Pas forcément au-dessus des lois (la Justice le dira) mais sans aucun doute au-dessus des contraintes que subissent tous les français. Et il a cru malgré tout pouvoir incarner la probité comme l’avait fait le Général de Gaulle. C’était pour sa personne une impossible promesse.

Attention aux généralités

Pourtant, ce qui fait trébucher Fillon ne semble guère gêner ses concurrents. Marine Le Pen aussi et de nombreux autres, se trouvent accusés ou mis en examen. D’autres encore comme Juppé ont déjà été condamnés. Alors ?

Pour Marine par exemple, le cœur du message est ailleurs. Il est possible à Marine de démontrer (plus ou moins) que l’écart pris par rapport au droit ou à la morale ne sont finalement pas contradictoires avec son opposition à l’Europe, au contraire ! Elle a bien détourné l’argent de l’Europe mais qu’importe, ne veut-elle pas justement nous faire quitter cette Europe honnie ?

Les sondages montrent que ça marche pour elle. Son personnage n’est pas atteint par son manque de probité. Pour Fillon en revanche, rien de tel n’est possible. Son personnage est touché en plein cœur !

Le personnage doit être authentiquement en phase avec son message

A l’époque de de Gaulle, il n’est pas exclu de croire que le personnage aurait su s’imposer malgré les incohérences de la personne. Aujourd’hui, il suffit d’un soupçon suffisamment étayé pour que le personnage du présidentiable ne soit plus crédible. Mais un soupçon de quoi au juste ? Un soupçon de malhonnêteté vraiment ?

Il ne s’agit pas intrinsèquement de malhonnêteté mais de manque d’authenticité du personnage. Son personnage s’est trouvé pris en défaut par rapport à son message. Si ce personnage avait été par exemple celui d’un habile manœuvrier type Berlusconi apte par sa filouterie à sortir le pays des difficultés, il n’aurait pas été disqualifié.

Peu importe en fin de comptes que la personne de Fillon soit ou non malhonnête, ce qui importe, c’est que le personnage n’est plus cohérent, il n’est plus authentique. La personne de Fillon n’est plus crédible pour l’incarner. A moins que la thèse du complot soit prouvée rapidement, son retrait est inévitable.

Cette affaire démontre simplement mais puissamment qu’en art oratoire, le personnage que doit incarner l’orateur dépasse sa personne. Le personnage doit être authentiquement en phase avec son message. Tout leader devrait en être convaincu avant de s’adresser à son public, quel que soit ce public. Dans l’exercice oratoire, l’authenticité du personnage incarné est une absolue nécessité. Les vertus ou les vices de la personne de l’orateur ne valent que pour crédibiliser le personnage qu’il s’est choisi.

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