Qui de Macron et de Le Pen est « authentique » ?

Lequel des personnages des deux candidats présidents restants incarne-t-il le mieux la fonction briguée ?

« Sois naturel coco », « il faut parler vrai aux français », «je suis le candidat antisystème ». Ces quelques expressions caractérisent les deux candidats. Lequel est le plus authentique ? Et comme ce point est d’importance pour tout orateur et que l’élection pourrait bien se jouer là-dessus, je ne pouvais pas manquer de le commenter.

Un match à distance

Alors jouons au jeu du pronostic et des commentaires “sportifs”. Mais je rappelle qu’ici je ne commente du jeu politique que l’aspect oratoire. Je vais le faire à partir de deux vidéos de l’émission du 30 Avril 2017 de Laurent Delahousse sur la 2. Ils étaient interviewés séparément avec un jeu de questions similaire.

Il ne s’agit certes pas strictement de prise de parole en public. Pourtant, ce débat à distance m’intéresse non seulement pour la performance des orateurs média-entraînés mais aussi pour le face à face avec l’intervieweur. Le tête-à-tête est très important en management comme en négociation. Et ce sont des sujets de ce blog.

Des mots qui se taisent !

Pour commencer et pour éclairer la tonalité générale, deux extraits sur la question : « Que vous évoquent les trois présidents précédents, Chirac, Sarkozy, Hollande », réponses :

MLP : Chirac est affectif, Sarkozy est un bulldozer en parole et Hollande est un roi-fainéant.

EM : Chirac est généreux, Sarkozy est rapide et Hollande est « empêché »

Conclusion sémantique partielle de ce « profiling ». Franchement, pour des candidats qui braillent depuis des mois à longueur de meetings leur envie d’en finir avec le système et alors que l’on est ici à la fin de l’interview, le moins que l’on puisse dire est que nos candidats jouent à être plutôt gentils. Surtout EM. Mais pouvait-il faire autrement ?

Cette question-là était plus fine et plus difficile qu’elle n’y paraissait surtout pour EM ! MLP a répondu en jugeant chacun des trois personnages. EM a plutôt cherché à qualifier le personnage proposé. Un jugement n’est pas absent chez EM mais il est beaucoup plus subtil. Bref, ici, les deux candidats s’en sortent bien.

Match nul entre EM et MLP mais c’était plus dur pour EM.

Des visages qui parlent !

Pour aller plus loin, voici un résumé de ce qui me vient en deux séries de cinq instantanés pour chaque candidat. La première série illustre les personnages affichés par les candidats. La deuxième série illustre les attitudes réactives relativement spontanées au cours desquelles transparaissent des attitudes sans doute plus authentiques.

Focalisons cette fois sur les expressions des visages. J’ai procédé sur la base d’une hypothèse faite par une amie qui exerce ses talents de « profileuse » au profit notamment de la police d’un pays voisin.

Première série : le faux dur et la fausse gentille

La première série illustre les instants où EM tente de nous convaincre de sa solidité, cela va jusqu’à l’extrême dureté. Le regard est très appuyé ce qui habituellement est son point fort. Mais trop, c’est trop et l’image des deux poings l’un contre l’autre le symbolise. Trop afficher ne démontre rien, le personnage est surjoué.

Pour Marine Le Pen, la première série de photos nous la montre souriante, agréable, séductrice presque douce avec son intervieweur au début de l’entretien. On y croirait ! En tous cas, le travail de séduction se trouve matérialisé ici et dément les accusations classiques sur le thème du fascisme ou de l’extrémisme.

C’est un peu forcé (les lèvres sont pincées et le sourire est forcé ou en coin) mais ça passe. Avantage MLP.

Deuxième série : le méprisant et la dure à cuire

Pour EM, l’expression affichée sur ces photos est légèrement dissymétrique. Elle renvoie à la seule émotion qui se caractérise ainsi par la joie et le dégoût simultanément et que des chercheurs comme Paul Ekman ont retenue comme émotion de base : le mépris ! Pas sûr que Mimi Marchand, journaliste de Gala et Voici, et les autres coaches du candidat aient envie que cela soit identifié !

Pour MLP, la seconde série illustre les réactions à des questions gênantes sur l’héritage politique de son père ou sur son appartenance à la bonne bourgeoisie. Ces dernières montrent des réactions vives du tac au tac et finalement assez sincères, c’est son point fort à elle : tristesse, surprise, colère et un brin de mépris en passant aussi lorsqu’on lui demande ce qu’elle serait si son père n’avait pas été là avant elle. En plus, la question est assez mal posée ce qui lui donne un avantage trop facile sur son interlocuteur. L’image de douceur et de séduction s’évapore. Un aspect impitoyable se révèle, aussitôt adouci par une tristesse sincère qui laisse imaginer le déchirement familial …

De nouveau, avantage MLP.

Qui va gagner du faux dur méprisant et de la séductrice retorse ?

Dans ce théâtre d’ombres et de lumières artificielles que sont la politique et les médias, les grosses ficelles des deux personnages sont visibles. Ils ne font pas un excellent travail d’acteur ni l’un ni l’autre. Ils cherchent à se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas vraiment. C’est le jeu, mais font-ils match nul ? Lequel sonne le moins faux ?

Emmanuel Macron est, des deux, le moins authentique, celui qui est le moins aligné avec son discours. Son jeu accrédite les accusations d’image et de message fabriqués pour masquer le fait qu’il continue l’œuvre en demi-teinte de François Hollande. Il en résulte que pour l’énarque qui dit vouloir sortir du système, le risque est que l’électorat pense « qu’on se paie sa tête ».

A l’inverse, Marine Le Pen n’incarne aucunement l’image de fasciste irresponsable qui convenait mieux à son père. Et lorsqu’elle se dévoile un peu, la vitesse et la fermeté voire l’humanité de ses réactions parlent plutôt en sa faveur.

Si l’on s’en tient aux considérations oratoires sans analyser les programmes, c’est elle sans nul doute qui devrait être la plus convaincante Dimanche !

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7 commentaires pour “Qui de Macron et de Le Pen est « authentique » ?

  1. Jean-Marie G
    2 mai 2017 at 8 h 22 min

    Effectivement révélatrice, leur gestuelle respective est-elle acquise ou innée ?

    On caricature bien trop, à son profit peut-être, Marine Le Pen qui a sans doute des défauts, mais qui ne dit pas que des conneries

    Beaucoup ignorent beaucoup de la marionnette du club de la Rotonde et des Gracques

    Quel est le/la moins pire pour la France en si triste état et surtout pour les Français” défavorisés” de plus ou moins fraîche date qu’ils aient ou non un minimum de culture économico-financière et politique ?

    • Didier Chambaretaud
      6 mai 2017 at 9 h 04 min

      Merci Jean Marie pour votre fidélité.

      Je ne sais pas répondre à votre question en toute humilité. Mais est-ce une question ?

      Mais vous parlez de marionnettes. Je parle de personnages c’est plus neutre. Et c’est cela seulement qui m’intéresse dans ce blog: les personnages sont ils crédibles, ont-ils de l’impact défendent-ils leur message … ? Non pas de savoir si cela va résoudre tel ou tel problème pour tels ou tels.

      Cela dit, je crois utile et même fondamental pour occuper une telle fonction d’avoir entre autres les compétences dont vous parlez et qui manquent visiblement à MLP. Mais ce n’est pas tout et ce ne devrait pas être l’occasion pour EM d’afficher ce mépris que l’on voit trop souvent chez lui.

  2. Jboss
    2 mai 2017 at 10 h 03 min

    Sur le base de ces photos de visage je trouve Marine Le Pen très désinvolte ou forçant le trait. Peut-on juger de visages sans tenir compte des possibilités de succès ? Mais je ne suis pas un grand spécialiste de la communication.

    • Didier Chambaretaud
      2 mai 2017 at 11 h 09 min

      Merci pour votre commentaire.

      Il importe de rester prudent, on va souvent trop loin dans les interprétations. Mais oui MLP surjoue mais moins que EM à mon avis. Ce sont des signes qu’il importe de rapprocher de la “baseline” (habitudes gestuelles) de la personne observée pour identifier des écarts. Et quand les écarts sont nombreux, on peut commencer à creuser. Ici et pour les deux prétendants, il y a des indices d’écarts: l’un se veut non-arrogant et affiche des expressions qui font penser au mépris, l’autre affiche des thèses “dures” et fait assaut dans ses mimiques de gentillesse et de séduction.

      Je propose d’apprendre à déceler les autres signes, ceux qui ne s’affichent pas au premier plan et qui peuvent aider à aller plus loin ou non dans une relation ou suite à une communication. Ici, cela peut aider à confirmer ou non une intention de vote mais ce n’est pas mon objectif dans ce blog. J’y parlerai à titre d’illustration de tout personnage public intéressant mon propos SUR LA FORME.

      A bientôt

  3. 4 mai 2017 at 9 h 44 min

    Marine Le Pen a montré un personnage pervers : souriante pour attraper sa proie qu’elle va ensuite abaisser en l’inondant de propos disqualifiants et difficiles à contre carrer sans se noyer.

    Macron a appris à se dépens qu’il ne faut pas répondre, mais continuer à creuser son chemin.

    Marine Le Pen a démontré qu’elle n’est pas digne du mandat qu’elle revendique : les petites gens s’en prennent aux personnes, les grands Hommes s’en prennent aux idées !

    • Didier Chambaretaud
      6 mai 2017 at 8 h 55 min

      Merci Geneviève, heureux de te trouver de passage ici.

      D’accord, le personnage présenté par MLP est pervers et, je crois, en plus à contretemps sur le plan de l’histoire du FN. Une erreur politique de grande magnitude si l’on se place de son point de vue.

      Pour autant, il m’importe de réaffirmer nettement que je tiens la personne de Marine hors de nos commentaires sous peine de tomber dans le jeu de son personnage justement.
      Donc je me refuse de qualifier la personne de MLP que je ne connais pas de “perverse” ce que tu n’as pas fait non plus puisque tu parles bien de son “personnage”.

      Mes autres commentaires ne s’adressent pas non plus à la personne d’Emmanuel que je ne connais pas d’avantage mais au “personnage” politique EM qu’il produit et me donne à observer.

      • Jean-Marie G
        9 mai 2017 at 9 h 17 min

        Effectivement Didier, il y a le personnage et la personne ou le soi ou l'”anima”, pour ne pas utiliser le mot “âme” qui sonne religion.

        Déjà hier soir Carole Gaessler nous présentait sur la 3 un personnage Macron, à moins que ce ne soit justement la personne, le Macron profond, davantage comme un marionnettiste enjoleur que comme une marionnette de l’état profond, du Club de la Rotonde et des Gracques réunis

        Quelles conclusions honnêtes et les moins possible subjectives pourra-t-on tirer de l’émission de, ce mardi soir sur le 5 et de, celle de, mercredi sur la 2 ?

        Quoiqu’il en soit, il est pour l’euro monnaie unique, alors que certains commencent à se rendre compte que c’est une erreur, tout comme probablement l’Union européenne bâtarde au moins actuelle.

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